Blog de Nicolas DUMINIL

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Parmi les causes du non-emploi en France

Publié le 06/09/2014

Je préfère parler plutôt du non-emploi que du chômage. En effet, la notion de chômage, ou de chômeur, est presque automatiquement associée à une personne inscrite au Pôle Emploi et ayant droit à des allocations. Ce qui n’est jamais le cas des freelances car, s’il leur arrive de travailler moins pendant certaines périodes, ou quelques foies pas du tout, ils ne sont jamais inscrits nulle part et ne touchent jamais quelques allocations que ce soit, tout en grossissant la grande masse de ceux qui vivent sans revenus.

 

L’actualité de cette rentrée 2014 est tellement particulière qu’elle laisse difficilement indifférent quiconque.  Un nouveau gouvernement depuis quelques jours, un nouveau premier ministre il y a quelque mois, et toujours aucune solution pour les problèmes économiques et sociaux que la France rencontre depuis déjà pas mal de temps. De mémoire de freelance, depuis la fin de mes études et l’entrée dans la vie professionnelle, on est tout le temps en crise. La première fois que j’ai entendu parler de récession devait être en 1993 et, depuis, je n’entends que ça. A tel point que chaque fois qu’ils parlent d’une nouvelle crise à la radio je me dis : « C’est bizarre, je ne savais pas qu’on était sorti de la crise, comment peut-on rentrer à nouveau ? » Il y aurait-il des crises dans d’autres crises, des crises imbriquées ? Bref …

 

Depuis des années on cherche des solutions, on critique les gouvernements successifs, de droite ou de gauche, on critique les présidents de la république, on légifère des aides à l’emploi, des  pactes de responsabilité et d’autres contrats de solidarité, mais sans aucun résultat. Au contraire, les choses vont de pire en pire avec le temps qui passe, à tel point qu’on se dit que, s’il existait vraiment une solution aux problèmes de non-emploi de la France, on l’aurait trouvée depuis le temps, ne serait-ce que par hasard, sans faire exprès, par accident, un peu comme Christophe Colomb a découvert l’Amérique en cherchant à rallier la Chine par le chemin du Ponant. Et au bout d’un moment, après des années de recherches inutiles sans résultats, après des années des échecs là ou nos voisins réussissent sans équivoque nous faisant passer par les tocards de l’Europe, on ne peut pas s’empêcher de se poser subitement une question fondamentale : « et si tous ces problèmes de non emploi, que la France seule paraît avoir en Europe, n’étaient pas dus à la crise ? » C’est vrai, après tout la crise elle est globale n’est-ce pas ? Pourquoi serait-ce que la France qui devrait en souffrir ? Pourquoi des pays comme la Belgique, le Pays Bas, sans plus parler de l’Allemagne, retrouve le plein-emploi et pas nous ? Pourquoi nos amis italiens, espagnols et portugais trouvent des moyens efficaces pour réduire dramatiquement leur déficit commercial et d’endiguer leur dette publique, en créant ainsi les prerogatifs nécessaires à la croissance économique et à l’emploi, alors que nous n’y arrivons pas, quoi que nous fassions ? Comment cela se fait-il que nos amis anglais tablent sur une croissance de leur PIB de plus de 3% en 2014, alors que la nôtre reste à zéro pointée depuis des années ? Et si on arrêtait de chercher à l’extérieur les raisons de nos échecs, si on arrêtait de penser que c’est la faute à l’Europe, ou celles des gouvernements, ou celle des politiques dans leur ensemble, droite et gauche confondu, ou tout simplement la faute à pas de chance ? Et si, par le plus grand des hasards, la source de tous nos problèmes serions nous même, nous les français, avec notre mentalité anachronique, avec notre inadaptation manifeste à ce nouveau monde né de la construction de l’Europe, avec notre psycho-rigidité, avec notre grandiloquence et notre absence d’efficacité, avec nos belles paroles et notre manque d’action, avec nos grands principes que nous voulons appliquer à tout le monde, sauf à nous  ? Et si on arrêtait de donner des leçons à tout le monde et on se mettait, une fois n’est pas coutume, à faire preuve d’un peu de lucidité et de réalisme ?

 

La France est un pays de fonctionnaires, pas seulement à cause du fait qu’ils sont plus nombreux que chez nos voisins, mais surtout parce que même ceux qui ne sont pas fonctionnaires voudraient l’être. Ce n’est pas le nombre très élevé de fonctionnaires en France qui pose problème mais le fait que le peuple de France a une mentalité fonctionnaire.

 

Un sondage effectué auprès des jeunes, il y a quelques années, a mis en évidence le fait que la majorité des 18 – 23 ans souhaitent embrasser une carrière de fonctionnaire. Contrairement à nos voisins où les jeunes rêvent de créer leur propre business et de s’épanouir dans des activités qui suscitent leurs passions, les jeunes français rêvent d’une carrière morose, d’un travail plutôt mal payé et qui ne les intéresse pas spécialement, à condition qu’il soit à vie. Il y a quand même un petit désavantage que les jeunes voient dans la fonction publique : le risque d’être muté. Là aussi, alors que nos voisins rêvent des voyages et d’aventures, les jeunes français voudraient travailler pas très loin de chez eux et, si possible, au coin de leur rue.

 

Et pourquoi la mentalité fonctionnaire a-t-elle une influence négative sur le social, sur l’économique, etc. ? Eh bien, parce que le fonctionnaire fonctionne. Il ne veut pas avancer, il ne veut pas améliorer quoi que ce soit, il ne se pose pas de questions pour savoir si ce qu’il est en train de faire a du sens ou pas, il ne fait que fonctionner, tout simplement. Comme une machine, comme un robot, comme un ordinateur. Mais un ordinateur méchant, négatif, qui veut du mal à tout le monde et qui prend un véritable plaisir à bloquer les autres, à mettre des bâtons dans leur roues, à faire en sorte de les empêcher de faire leur travail et à les obliger à tourner en rond. Car bloquer, alors là oui, ça on sait faire en France.

 

La fracture sociale que Jacques Chirac évoquait il y a quelques ans, elle n’est ni entre la gauche et la droite, ni entre les riches et les pauvres, mais entre les fonctionnaires et les autres. Et encore une fois, j’inclus dans cette catégorie de fonctionnaire pas seulement les titulaires de la fonction publique, parmi lesquels il doit certainement y avoir des gens bien, mais tous ceux qui, fonctionnaires ou pas, sont tributaires de cette mentalité fonctionnaire. Et c’est cette mentalité fonctionnaire qui est une des causes des plus tenaces du non-emploi un France, une cause contre laquelle il est d’autant plus difficile de lutter qu’il ne s’agit pas d’un fait objectif de la pratique économique, mais d’un trait subjectif bien ancré dans notre culture et dans nos mœurs.

 

Ce n’est pas un secret pour personne, nous sommes le seul pays au monde où il a fallu légiférer en faveur d’une loi obligeant les DRH (Direction des Ressources Humaines) de prendre en compte les CV anonymes. J’ai des collègues dans tous les pays de l’Europe qui me demandent comment peut-on être raciste, nationaliste, xénophogue, fasciste à tel point pour faire barrage à l’emploi d’une personne, rien que parce qu’elle porte un nom à connotation étrangère ? Le pire c’est qu’il ne s’agit même pas d’une question de racisme, car je ne crois pas que l’on soit plus raciste en France qu’ailleurs, dans d’autres pays de l’Europe. Et ce que je réponds souvent quand on me pose cette question, c’est que, en France, on n’est pas spécialement raciste, mais en revanche on est vraiment très con. En plus, les personnes qu’on discrimine, en leur refusant un emploi à cause de leur patrobyme ou de leur couleur de peau, sont des français de plein droit, comme vous et moi (surtout comme vous), ils ne sont pas des citoyens de seconde zone mais des gens qui travaillent, qui payent leur impôts et qui vont payer nos retraites. Ce type de  discrimination à l’emploi c’est le plus connu grâce au fait que les médias en ont parlé beaucoup mais, à côté, il y en a d’autres moins connus, comme la discrimination par l’âge, par le sexe, etc.

 

Les DRH ont donc une grosse responsabilité dans l’augmentation des chiffres du non-emploi en France. J’ai identifié donc un certain nombre d’anti-patterns, des syndromes, qui sont devenus des « secondes natures » de nos amis les DRH, et qui représentent des obstacles importants dans le combat pour la diminution du non-emploi en France :

 

  1. Le syndrome «délit salle-guelle ». On se rappelle tous d’IKEA qui a défrayé la chronique, il n’y a pas très longtemps, parce qu’ils refusaient d’embaucher des personnes de couleur. Ça a été dénoncé avec vigueur par les média de l’époque et on pensait que la situation a changé depuis. Mais au-délà de ce racisme de base, il y a beaucoup des SSIIs où les DRH refusent de considérer les candidatures de certains personnes, sous prétexte qu’ils n’ont pas la guelle de l’emploi, en dépit de leur compétences et du fait établi qu’elle pourraient parfaitement effectuer correctement le travail qui leur sera confié. Ces personnes n’ont même pas besoin d’être d’origine étrangère, tel que c’est le cas de discrimination le plus connu, mais il suffit qu’elles aient une tronche qui ne revient pas à l’embaucheur, qu’elles soient « bizarre » comme on dit ou qu’elles aient une drôle de tête, etc. Il peut même s’agir de critères purement physiques, par exemple un aspect pas suffisamment présentable. Combien de fois n’a-t-on vu des annonces d’embauche précisant que les personnes recherchées devaient disposer « d’un physique agréable ». Le pire c’est que les DRH en question ne se rendaient même pas compte du fait que cette pratique était illégale car, dans le cas contraire, ils n’auraient évidemment pas pris le risque de se voir sanctionner par la loi.

  2. Le syndrome « délit d’âge ». Cet anti-pattern vise les « trop jeunes », considérés comme fainéants et incompétents, ainsi que les « trop vieux » considérés comme trop rigides, peu dynamiques et hermétiques aux technologies.  Une particularité de notre domaine, l’informatique, est que c’est l’anti-pattern « trop vieux » qui prime. On considère à tort que des « séniors » à la quarantaine ou plus, ne sont plus tout à fait à jour avec les technologies alors qu’il est évident que c’est eux qui représentent les véritables dépositaires de la vraie expertise. Là encore, combien des fois n’a-t-on vu des annonces d’embauche pour des SSIIs précisant des limites d’âge, même si ces limites sont souvent déguisées sous des tournures de phrase ? Combien de candidats n’ont pas été obligés de refuser de répondre à des questions sur leurs âges à fin d’éviter des discriminations ? Je connais quelqu’un qui, ayant reçu une proposition d’embauche de la part de Logica (pour ne pas la nommer), s’est rajeunit lors du remplissage du formulaire DRH. Plus tard, lorsqu’ils lui ont demandé des photocopies de documents, ils ont découvert la supercherie mais il était trop tard car ils l’avaient déjà embauché. Mais ils le lui ont reproché quand même, ce à quoi mon ami leur a répondu : « Rien que le simple fait d’avoir cette discussion maintenant, prouve que j’avais raison de le faire ».

  3. L’anti-pattern « valise RTL ».  On se souvient tous de cette émission de radio ou une cagnotte, appelée « valise RTL », du nom du poste qui diffusait cette émission, était proposée tous les jours à des auditeurs qui avaient la chance d’être appelés. Si d’aventure ils n’étaient pas disponibles, tant pis pour eux, ils loupaient la chance de leur vie, celle de gagner un coquet pactole. Les DRH font pareil, ils appellent des candidats et ils ne doivent pas ne pas être disponibles car là ils loupent la chance de leur vie : celle d’être convoqué peut-être à un entretien. Je me souviens d’une chargée de recrutement récemment embauchée par une SSII, Mercury Urval (encore une fois pour ne pas la nommer), et qui avait appelé un candidat sur le coup de 13 :00, ou le gars était à table, avec des collègues et tout. Il s’était excusé en expliquant qu’il ne pouvait pas parler librement et il avait proposé de rappeler un peu plus tard. La conversation s’est donc terminée là-dessus mais, 5 secondes plus tard, il reçoit un SMS de cette personne indiquant que sa candidature avait été analysée et que, malheureusement, il ne semblait pas être en possession des qualités nécessaires pour le poste. Le gars a porté plainte à la direction, c’est d’ailleurs comme ça que moi-même j’en ai eu connaissance, mais rien ne s’est passé. Ce qui nous montre que les DRH sont vraiment convaincus de la chance inouï que les candidats ont de se faire appeler par eux et il ne faut pas gâcher cette chance-là, coûte que coûte, car elle est rare. Ceci est vrai même lorsque la personne qui vous appelle c’est une pauvre chargée de recrutement qu’on vient d’embaucher avant-hier et qu’on a oublié de briefer.

  4. Le syndrome « parlez-moi de vous ». C’est évidemment une question qui doit arriver lors d’un entretien d’embauche et il est absolument légitime que, en tant que candidat, l’embaucheur vous la pose. Des dizaines des articles sur le net vous apprennent comment se présenter en quelques minutes et quelques phrases quand on est devant l’embaucheur potentiel. Mais bizarrement, aucun article qui essayerait d’enseigner à l’embaucheur potentiel de se présenter. Car il doit se présenter lui aussi, n’est-ce pas ? Lorsqu’on reçoit quelqu’un qui ne nous connaît pas, la moindre des courtoisies voudrait qu’on commence par se présenter soi-même, avant de demander à l’autre de le faire. Ceci est notamment vrai lorsqu’il ne s’agit pas du premier entretien, par exemple, on a été reçu une première par un DRH et là, une semaine plus tard, on est convoqué à un deuxième rendez-vous avec quelqu’un qui fait probablement partie du management. Si lors du premier entretien il est évident pour le candidat que la personne qui le reçoit est une personne de la DRH, lors d’un deuxième entretien le candidat peut ne pas savoir qui exactement va-t-il rencontrer. Alors certes, en tant que candidat on prépare son entretien en recherchant, entre autres, le profil de la personne qu’on va rencontrer, sur LinkedIn ou Viadéo, etc. mais tout le monde n’a pas un profil publié. Cela relève donc de la politesse la plus basique que, dans une telle situation, la personne qui reçoit commence par se présenter soi-même, par décliner sa qualité dans le processus de recrutement et son rôle dans la société, avant de demander au candidat de le faire. Cela est d’autant plus vrai que, en tant que participant dans le processus d’embauche, la personne qui reçoit dispose sans doute d’un CV traçant le parcours du  candidat, CV qu’elle est sensée avoir étudié, alors que le candidat n’a peut être strictement aucune information sur elle. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines personnes sont tellement imbues d’elles même, tellement criblées de leur importance,  qu’elles ne pensent pas que les règles de politesse puissent s’appliquer dans des cas comme ça. Après tout, en tant que candidat, vous n’êtes rien qu’un demandeur alors qu’elles sont munies d’un tel pouvoir sur vous qu’il n’est plus question de politesse ou de respect. Bien que je ne sois pas un candidat, il m’est arrivé récemment d’être reçu dans une SSII (Cap Gemini pour ne pas la nommer là aussi), par quelqu’un que je ne connaissais pas, et qui m’a dit, d’un air très important, « je vous laisse vous présenter ».  Ce à quoi je lui ai demandé s’il ne pensait pas que c’était plutôt à lui de se présenter, étant donné le fait qu’il était censé me connaître, pour avoir étudié mon profil. La discussion a tourbé très court après ça.

  5. L’anti-pattern « vous êtes trop bon pour nous ». là aussi, combien de candidats très expérimentés, dépositaires d’une véritable expertise dans leur domaine, ne se sont pas entendu dire qu’ils étaient « surdimensionnés » pour le poste et que ils allaient s’ennuyer ? Mais qui peut plus peu moins, n’est-ce pas et si l’entreprise peut bénéficier de quelqu’un très qualifié, pour le coût de quelqu’un moins qualifié, ou est le problème ? Le plus souvent il s’agit juste d’un prétexte parce que vous êtes trop compétent, bien plus compétent que votre interlocuteur et il a peur que vous allez lui faire de l’ombre.

 

On peut facilement trouver d’autres anti-patterns que nos amis, travaillant dans des services de DRH, appliquent à fin d’empêcher des candidats d’accéder aux postes proposés par leurs entreprises respectives. Pourtant, il s’agit bien des besoins réelles que les entreprises ont et ne pas les satisfaire signifie porter un grave préjudice à ses intérêts d’ensemble. On est donc en droit de se demander pourquoi le font ils ?  La réponse c’est la fameuse mentalité fonctionnaire qu’on vient de voir. Ce qui est sûr c’est que le processus de recrutement en France met en exergue une multitude de facteurs subjectifs qui n’ont aucun rapport avec des critères d’embauche. Car après tout, les seuls critères qui doivent compter lorsqu’on embauche quelqu’un, c’est sa capacité d’effectuer le travail qui lui sera confié. Et tout personne disposant de cette capacité a le droit de se voir accordé le poste en question. Le lui refuser pour des raisons subjectives c’est illégal. Mais les lois, en France, on s’en fiche un peu car on est des fonctionnaires et, par conséquent, au-dessus des lois car notre administration nous protège. Et ça c’est une des causes principales du non-emploi en France.

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